Les pigments et les jus
Les pigments apportent une présence que la couleur industrielle ne donne pas toujours. Leur grain peut rester visible, s'accumuler dans un bord, se déposer dans une irrégularité du support. Mélangés à des liants fluides, ils produisent des jus plus ou moins transparents qui permettent de voir les couches précédentes.
Cette transparence est essentielle. Elle évite l'aplat trop fermé et donne à la peinture une profondeur discrète. Une zone rouge peut ainsi ne jamais apparaître entièrement, mais réchauffer une composition par-dessous. Un noir peut être rendu plus vivant par une trace verte ou brune laissée en retrait.
Le papier comme mémoire
Le papier accepte les plis, les coupures et les tensions. Il garde les marques de manipulation. Lorsqu'il est intégré à une oeuvre, il apporte une dimension temporelle : on voit qu'il a été touché, déplacé, parfois contraint. Cette qualité rend les compositions moins lisses et plus incarnées.
Certains fragments sont choisis pour leur imperfection. Une déchirure, un bord aminci ou une fibre apparente peuvent devenir le point de départ d'une série. Le papier permet alors de faire dialoguer la précision de la composition avec une matière plus imprévisible.
Une palette contenue
La palette se concentre sur quelques tensions : noir et blanc chaud, rouge oxydé, vert profond, touches de terre ou d'or. Cette limitation donne une cohérence aux séries et évite que la couleur devienne illustrative. Les variations se jouent dans les intensités, les transparences et les rapports de surface.