Un travail fondé sur la durée
La peinture n'est pas envisagée comme une image arrêtée d'avance. Elle se construit par étapes successives, avec des moments d'accumulation et des phases de retrait. Une surface peut recevoir plusieurs passages d'encre, puis être poncée, frottée, recouverte par un jus clair ou interrompue par un fragment de papier. Cette lenteur permet aux accidents de rester visibles sans prendre toute la place.
Le geste conserve une part d'intuition, mais il n'est jamais laissé seul. Les compositions sont relues, déplacées et simplifiées. Une ligne trop présente peut être absorbée. Une zone vide peut devenir le centre réel de la toile. Une couleur peut disparaître presque entièrement et continuer pourtant à agir sous la surface.
Composer avec les vides
Les oeuvres jouent souvent sur une tension entre masse et respiration. Les aplats sombres stabilisent le regard, tandis que les blancs chauds ouvrent des espaces plus silencieux. Ces vides ne sont pas décoratifs. Ils donnent au spectateur le temps d'entrer dans l'image, de circuler, de s'arrêter devant une matière ou une trace presque effacée.
Cette manière de composer crée des images qui ne cherchent pas l'effet immédiat. Elles demandent une lecture progressive. De loin, une structure apparaît. De près, la surface révèle des micro-événements : coulures, grains, plis, repentirs, petites ruptures de ton.
Le rôle de l'accident
L'accident n'est pas corrigé systématiquement. Il devient un outil lorsqu'il ouvre une direction plus juste que le plan initial. Une auréole, un bord irrégulier ou une trace sèche peuvent donner à l'oeuvre une intensité que le contrôle pur aurait empêchée. La démarche consiste alors à accueillir cette surprise, puis à la tenir dans une composition cohérente.